Réponse au discours du Trône, 25 novembre 2008

Mme Paule Brunelle (Trois-Rivières, BQ):

    Madame la Présidente, je me fais un plaisir de vous féliciter aujourd'hui. En tant que femme parlementaire, je suis ravie de voir une femme occuper ce fauteuil, d'autant plus que c'est une femme francophone de l'Ouest du pays. Vous saurez tenir ce rôle avec toute la dignité qu'on vous connaît.


    Je veux remercier les électeurs de Trois-Rivières qui m'ont redit leur confiance pour un troisième mandat consécutif. Je suis très heureuse de me retrouver ici, en cette Chambre. Je veux féliciter les députés élus à cette dernière élection. C'est un plaisir de travailler tous ensemble.


    En ce qui concerne le discours du Trône, nous constatons trois choses, entre autres. Ce discours du Trône est complètement insensible aux préoccupations des Québécois face à l'incertitude économique et à la crise financière actuelle. Ce discours ne défend en rien les intérêts et les valeurs de la nation québécoise. Il n'y a qu'à citer quelques exemples. Le gouvernement conservateur entend diminuer le poids du Québec dans le domaine de la finance  — avec sa commission des valeurs mobilières qu'on souhaiterait nationale — et persiste avec sa Loi sur les jeunes contrevenants. Les conservateurs n'ont rien compris du message livré par les électeurs québécois le 14 octobre dernier. Ils continuent d'imposer leur idéologie politique de droite.


    D'abord, à titre de porte-parole en matière de ressources naturelles, je tiens à me prononcer sur l'intention du gouvernement fédéral de promouvoir le nucléaire comme énergie propre et renouvelable. En effet, le discours du Trône démontre l'intérêt de ce gouvernement pour le développement de l'industrie nucléaire au Canada. Pour ce gouvernement, le nucléaire est une énergie aussi valable sur le plan environnemental que l'hydroélectricité ou l'énergie éolienne. C'est évidemment faux. Le nucléaire comporte un niveau de danger assez élevé et les conséquences sur le plan environnemental seront le fardeau des prochaines générations.


    De plus, le gouvernement fédéral prône et favorise le développement de cette industrie, mais il faut rappeler qu'il est actionnaire d'une société qui développe des centrales nucléaires tout en étant le gardien de la sécurité publique et environnementale. En effet, le gouvernement est responsable des normes de sécurité de cette industrie de par la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Donc, le gouvernement se retrouve dans une position difficile actuellement, une position qui s'approche du conflit d'intérêts. Au Bloc québécois, nous croyons que le gouvernement ne devrait pas être le promoteur du nucléaire. D'ailleurs, le précédent ministre des Ressources naturelles a laissé croire que son gouvernement pourrait apporter une aide financière à la construction d'un réacteur nucléaire en Ontario, ce qui signifie que le gouvernement pourrait participer au financement du réseau électrique de l'Ontario, alors qu'il n'a jamais soutenu Hydro-Québec.


    De plus, la Société de gestion des déchets nucléaires doit déposer, en 2009, une proposition pour le choix d'une communauté prête à recevoir et à entreposer des déchets nucléaires. Le Bloc québécois s'assurera que le Québec ne deviendra pas la poubelle du Canada en matière de déchets radioactifs. Le Québec a fait le choix de l'énergie hydroélectrique, énergie propre et renouvelable. Le choix du fédéral de promouvoir l'énergie nucléaire ne présente aucun bénéfice pour le Québec.


    Ensuite, au sujet du transfert massif d'eau, contrairement aux conservateurs, le Bloc québécois soutient que l'eau n'est pas exclue de l'ALENA et que le renforcement des lois fédérales est une action insuffisante qui risque de mettre en péril les ressources hydriques du Québec, et ce, même si le gouvernement énonce dans le discours du Trône son intention de présenter des mesures législatives visant à interdire les transferts massifs d'eau ou les exportations à partir de nos bassins hydrographiques. Je tiens également à souligner que l'eau est une ressource naturelle qui relève de la compétence du Québec et que le Québec a sa propre réglementation en cette matière.


    C'est pourquoi le Bloc québécois soutient que le fédéral doit limiter ses mesures législatives aux eaux qui sont sous sa compétence et qu'une simple interdiction législative fédérale risque d'être contestée devant l'ALENA.


    Le gouvernement fédéral doit exclure l'eau de l'ALENA et, à ce titre, le discours du Trône ne répond pas aux questions soulevées par cet enjeu primordial.


     J'ai eu le privilège d'être la porte-parole de mon parti dans le domaine de l'industrie durant la dernière législature et j'ai maintes fois exprimé en cette Chambre les inquiétudes de tous les acteurs dans les secteurs forestier et manufacturier, que ce soit les travailleurs et leur famille, les entreprises ou les collectivités qui dépendent de la forêt. Tous sont inquiets de la situation difficile que traversent ces secteurs. Principalement, dans mon comté de Trois-Rivières et en Mauricie, nous avons perdu des milliers d'emplois. À Trois-Rivières, l'économie a été fondée sur les pâtes et papier et la situation est dramatique. Pour nous, le gouvernement se devait d'agir.

     Dans le discours du Trône, le gouvernement avait la chance de démontrer son intention de venir en aide à ces secteurs, mais, encore une fois, il n'y a rien pour les secteurs manufacturier et le forestier. Il n'y a absolument aucune mesure vigoureuse permettant aux travailleurs et aux entreprises de traverser cette crise. Il n'y a rien de nouveau pour le secteur forestier qui est en crise depuis maintenant plusieurs années.

     Le Bloc québécois avait pourtant présenté plusieurs initiatives pour relancer ce secteur. Nous les avons dites et redites. Entre autres, rappelons que nous suggérions de créer des outils financiers pour favoriser l'investissement et la modernisation des entreprises par des garanties de prêts pour aider les entreprises à se moderniser. Nous avons suggéré d'améliorer le soutien fiscal à la recherche, au développement et à l'innovation en entreprise, notamment en rendant remboursables les crédits d'impôt à la recherche et au développement pour que les entreprises puissent en bénéficier en attendant de pouvoir faire des profits. Nous avons proposé d'apporter une attention spéciale aux régions particulièrement affectées par la crise actuelle et qui ont désespérément besoin de diversifier leur base industrielle pour contrer la crise forestière. Nous avons suggéré de mettre en place un programme de soutien au développement des activités de production d'énergie et d'éthanol en utilisant des résidus forestiers. Nous avons proposé d'imposer rapidement des cibles absolues de réduction de gaz à effet de serre pour permettre l'établissement d'un marché d'échange des crédits de carbone. Nous avons suggéré d'utiliser les achats gouvernementaux comme leviers de développement économique. Nous avons surtout dit qu'il faudrait soutenir les travailleurs frappés par la crise, notamment par une bonification substantielle du programme d'assurance-emploi, en haussant les prestations, en fondant le calcul des prestations sur les douze meilleures semaines, en éliminant le délai de carence et en diminuant à 360 heures le minimum d'heures assurables pour avoir droit à des prestations. Nous avons également proposé la création d'un programme de soutien au revenu pour les travailleurs âgés. Ce programme permettrait aux travailleurs âgés de 55 à 64 ans, non reclassables et victimes d'un licenciement massif, d'avoir un revenu pour faire le pont entre l'assurance-emploi et le fonds de pension.

      Donc, le Bloc québécois a toujours proposé plusieurs mesures pour venir en aide aux industries, autant au niveau des travailleurs que des entreprises. Pour nous, le message du 14 octobre aurait dû être clair. Les secteurs forestier et manufacturier sont des piliers de l'activité économique du Québec et le laisser-faire du gouvernement conservateur n'est plus, dans ces moments troubles, la bonne option. Le gouvernement doit travailler avec les parlementaires élus du Bloc québécois et s'inspirer de nos solutions novatrices et porteuses de développement pour notre économie.

      Dans une optique où le gouvernement entend retourner aux déficits pour dénouer la crise, il ne doit pas se borner à diminuer les taxes et les impôts, solutions souvent dogmatiques qui entraînent des effets pervers, comme une baisse de la marge de manoeuvre dans une situation économiquement difficile. Ce qu'il faut, c'est que l'intervention gouvernementale dans l'économie permette aux industries forestières, manufacturières et autres de traverser l'actuelle crise économique et financière. Pour le moment, à la lecture du discours du Trône, le gouvernement semble vouloir profiter du ralentissement économique pour imposer ses réformes de droite sur l'appareil étatique.

Mis à jour le Jeudi, 29 Janvier 2009 15:12
 

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